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France/ Malaisie : hier

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"MEMOIRES FRANCAISES EN MALAISIE"  

"(…) Et tout à coup, au fond d'un abîme, voici la terre … Ma terre promise. La Malaisie ! Ce pays de ma jeunesse, ce pays immense, mystérieux (…). C'est le même saisissement, le coup de foudre de ma première initiation. Je suis reconquis, envoûté, je m'abandonne au charme, à la magie des choses (…)."

Henri Fauconnier, Retour en Malaisie, Notes, 1957.

Marins, planteurs, ingénieurs, écrivains, nombreux sont les Français qui ont aimé la péninsule malaise, ses cultures et ses peuples. Parfois oubliés, souvent méconnus, ils ont vécu avec ardeur l'histoire et le développement de Malaya.

Des géographes ont ainsi dressé dès le XVIIème siècle des cartes quelque peu approximatives de la région. Plus tard, à la fin du XIXème, alors qu'il recherchait des gisements d'étain exploités par la suite par des entreprises françaises, l'ingénieur Jacques de Morgan a levé la première carte du Perak. Son séjour et ses contacts avec les populations locales ont fait ensuite de lui un ethnologue reconnu pour son travail sur les Orang Asli.

C'est aussi au XIXème siècle que des chercheurs et des missionnaires se sont intéressés à la langue malaise et ont réalisé le premier dictionnaire malais-français, ce travail s'accompagnant souvent d'actions éducatives et caritatives.

D'abord aventuriers, de jeunes Français se sont faits planteurs au début du XXème siècle. Cultivant l'hévéa en bord de mer, ils ont vite compris, comme Henri Fauconnier, l'intérêt d'étendre ce type de plantations à la montagne et surtout d'introduire celle du palmier à huile dès 1912. Inspiré, Fauconnier écrira ensuite un roman Malaisie couronné par le Prix Goncourt en 1930. Il ne sera pas le seul "planteur-écrivain" puisque Pierre Boulle aussi racontera son expérience dans Le Sacrilège malais publié en 1952.

On pourrait aussi citer les charpentiers bretons du Terengganu dont les descendants malais utilisent encore les techniques pour construire leurs bateaux, Léon Dru qui avait en 1882 le projet de percer l'isthme de Krau, l'architecte Emile Brizay qui a contribué à l'édification de Central Market ou encore deux planteurs, Bunge et Grisar, qui ont donné en commun leur nom au quartier de Bangsar à Kuala Lumpur.  
 

LES PLANTATIONS

Henri Fauconnier et Franck Posth débarquent en 1905 à Singapour pour devenir planteurs d'hévéas. Michelin vient d'adapter le pneumatique à l'automobile ce qui provoque une forte demande mondiale en caoutchouc. Très vite, les deux amis comprennent l'intérêt multiple que leur apporte la terre malaise. Ils s'installent à Rantau Panjang, au-delà de la rivière Selangor. Ce sera la première plantation hors des basses terres, marécageuses et médiocres de la côte. Henri Fauconnier y fera construire la "Maison des Palmes" en 1906. Il constitue en 1909 avec son ami belge, Adrien Hallet et des capitaux britanniques la Société des Plantations Fauconnier & Posth, la future SOCFIN. En 1912, après un voyage à Sumatra, commence alors une nouvelle aventure : la culture du palmier à huile en Malaisie … A leur suite, d'autres sociétés françaises, comme SAFIC-ALCAN, s'implanteront dans la péninsule malaise.  

La Maison des Palmes Henri Fauconnier. Saignées d'hévéas, 1910 Emballage crêpe semelle, années 1920 "Le planteur français"

 
L'ECRITURE ET LA PEINTURE

S'ils sont d'abord planteurs, ces nouveaux explorateurs deviennent aussi poètes, écrivains ou peintres soumis au charme de Malaya, terre d'inspiration …

Henri Fauconnier est le premier d'entre eux. Il publie ses premiers poèmes dès 1910 et son roman Malaisie reçoit le Prix Goncourt en 1930. Son frère Charles, également planteur, se consacre à la peinture, au dessin et à la gravure. Il réalise les illustrations d'une des éditions du roman de son frère. Pierre Boulle, lui aussi planteur à la SOCFIN avant et après la seconde guerre mondiale et connu pour son roman Le Pont de la rivière Kwaï, trouve son inspiration dans ses années malaises pour écrire Le Sacrilège malais et Aux Sources de la rivière Kwaï.  

Illustration de Charles Fauconnier, Visions, 1948 Illustration de Charles Fauconnier, Visions, 1948 Henri et son frère Charles, Maison des Palmes, 1922

Illustration de Malaisie, Henri Fauconnier Illustration de Malaisie, Henri Fauconnier

LES SCIENCES EXACTES, HUMAINES ET SOCIALES  

Alors que des entreprises françaises exploitent déjà l'étain à Malacca et dans le Perak, l'ingénieur des mines Jacques de Morgan explore en 1884 systématiquement cette dernière région pour trouver de nouveaux filons. Surnommé "touan kouat", "l'homme fort", il voyage sans bagages et sans provisions, se nourrit de fruits, boit l'eau sucrée des cocos. Il s'arrête dans les villages où il mange et dort chez l'habitant. Il trouve à Klian Lalang un gisement d'étain d'une grande richesse dont il obtient la concession en échange de la première carte de partage des eaux du royaume de Perak qu'il dresse à l'intention du Gouverneur britannique. Ses séjours parmi les populations aborigènes l'amènent à publier de riches études ethnographiques sur ces régions et leur environnement.

D'autres pionniers sont, au XIXème siècle, Edouard Dulaurier et Aristide Marre qui étudient et éditent des textes de littérature malaise. Plus tard, en 1936, George Coedès publie sur l'ancien Etat malais de Srivijaya. Ces travaux de recherche conduisent naturellement à la création d'une antenne de l'Ecole Française d'Extrême-Orient à Kuala Lumpur en 1988.  

Arrivée du minerai d'étain et pesée Français travaillant dans les mines d'étain, Kampar, années 1930


LA LANGUE MALAISE ET LE PANTOUM


Pierre Favre (1812- 1887)

Très tôt, par nécessité et par goût, la langue malaise et son expression poétique, le pantoum, ont attiré écrivains et linguistes français. Les premiers missionnaires installés à Penang sont rapidement confrontés à d'importants problèmes de communication face à l'hétérogénéité des parlers locaux. Sur cette terre malaise où aucune langue ne s'impose vraiment d'elle-même, l'évêque Garnault décide, dès la fin du XVIIIème siècle, non seulement d'apprendre le malais, mais aussi de l'enseigner. Et en 1875, Pierre Favre, professeur à l'Ecole des Langues orientales, publie le premier dictionnaire malais-français après un long séjour dans la péninsule malaise.

A la même époque, la France découvre le pantoum malais. Victor Hugo écrit Les Orientales et Charles Baudelaire Harmonie du soir, poèmes dont les trames sont celles utilisées traditionnellement en Malaisie. D'autres poètes comme Leconte de Lisle, Théodore de Banville et Paul Verlaine s'essaient à ce genre qualifié par Victor Hugo de "délicieuse originalité".  


L'EDUCATION ET LA CHARITE

C'est au début des années 1850 que les Missions étrangères de Paris envoient vers la péninsule malaise des représentants de deux ordres religieux, les Dames de Saint-Maur et les Frères de la Salle. Ceux-ci y fondent des maisons chargées de l'instruction et de l'éducation des enfants, principalement des orphelins. Après la fondation des premières maisons à Singapour en 1853 et à Malacca en 1860, ces centres d'accueil se répandent progressivement à travers le pays : Kuala Lumpur et Taiping en 1899, Kota en 1903, Seremban en 1905, Ipoh en 1906, Johor en 1925 et Cameron en 1935. Certaines de ces maisons existent encore aujourd'hui et leur mission reste l'éducation des enfants pauvres et abandonnés.  

Cour de récréation, Penang, années 1930 Enfants abandonnés, Penang, années 1930 Gymnastique, Penang, années 1930 Repas, Penang, années 1930

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